•  POEMES D'AUTEURS

     

    L'amour qui nous attache aux beautés éternelles

    N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles;

    Nos sens facilement peuvent être charmés

    des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.

    Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles,

    Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :

    Il a sur votre face épanché des beautés

    Dont les yeux sont surpris, et les coeurs transportés,

    Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,

    Sans admirer en vous l'auteur de la nature,

    Et d'une ardente amour sentir mon coeur éteint,

    Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.

    D'abord, j'appréhendai que cette ardeur secrète

    Ne fût du noir esprit une surprise adroite;

    Et même à fuir vos yeux mon coeur se résolut

    Vous croyant un obstacle à faire mon salut.

    Mais enfin je connus, ô beauté toute aimable,

    Que cette passion peut n'être point coupable,

    Que je puis l'ajuster avec la pudeur,

    Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon coeur.

    Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande

    Que d'oser de ce coeur vous adresser l'offrande;

    Mais j'attends en mes voeux tout de votre bonté,

    Et rien des vains efforts de mon infirmité;

    En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude,

    De vous dépend ma peine et ma béatitude,

    Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,

    Heureux, si vous voulez, malheureux, s'il vous plaît...

    (le Tartuffe, acte III scène3)

    MOLIERE  1622-1673


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